Moins une !

- 1° indiqué au compteur, risque de verglas m’indique-t-il (sans blague !?), et de fait la route est bien brillante et la campagne légèrement blanchie. Les lumières de ma petite ville disparaissent doucement dans le rétroviseur et je chemine sur le plateau du Velay. Il me semble que nous sommes plus nombreux ce matin sur la route, en tout cas les températures incitent à rouler prudemment. Il est 7h30, le soleil se lève au loin sur ma droite, la crête des montagnes se découpe sur un ciel qui présente un magnifique dégradé de orange, cela me rappelle mes vacances aux sports d’hiver, enfant en Savoie… En dessous de cette crête, un plateau clairsemé de petits villages et hameaux plus ou moins éclairés selon le stade de réveil des habitants. Le clocher de Lapte éclairé se remarque de loin et domine cette région… Je me demande toujours comment le voyageur à pied des siècles passés  regardait ce clocher imposant, en tout cas moi je ne peux emprunter cette route sans le regarder, ma façon de le respecter, de lui dire que je sais qu’il est là et qu’il est beau…

Sur ma gauche, du côté de Retournac, un tapis de brouillard qui semble moelleux recouvre les gorges de la Loire et  reflète l’éclat de la lune presque pleine  ce matin… Cette région me plaît, ce paysage est apaisant et puissant à la fois, je sais qu’il est chargé d’Histoire et ce matin il m’offre un magnifique spectacle…

Dèjà la descente vers le viaduc du Lignon et la remontée sur Monistrol, la circulation se densifie, le contournement de Saint-Etienne sera chargé comme toujours… Mes pensées se noient dans ce qui semble être  un serpent de feux rouges qui se déploie sur la N88… Hier j’ai reçu un commentaire d’AlainX, que deviens tu ? … Oui au fait qu’est ce que je deviens ?… J’aime me balader sur les blogs d’amis virtuels, j’aime venir écrire là ce qui me passe par la tête, alors pourquoi ce mutisme ? Je n’ai même pas réussi à participer aux Plumes d’Asphodèle, exercice pourtant que j’apprécie beaucoup… Il était moins une que je stoppe définitivement ce blog…

+ 4°… Suis arrivé dans cette petite ville de la vallée du Gier pour bosser… Alors ce blog ?…

Je vous ai compris !!… Ah bon ??!!

J’allais avoir 19 ans quatre mois plus tard. Une foule avait envahi la rue scandant des « On a gagné ! On a gagné ! ». Un type au sourire carnassier avançait dans la rue jusqu’au Panthéon, je trouvais qu’il avait l’air con avec sa rose à la main… Mon père m’avait dit que c’était la cata, alors je l’avais cru…

1981, je commençais à prendre conscience que la politique envahissait notre vie. Jusque là un copain, adhérent aux jeunesses communistes, me serinait avec l’impérialisme américain, moi je m’en foutais, tout comme je me foutais de son poster du « Che ». Il y avait même eu une révolution en mai 1968 ! La belle affaire !! Certains prédisaient les sociétés nationalisées, les kolkhozes, les sovkhozes, les chars russes à Strasbourg, une espèce de mauvais scénario à la Orwell, une société de zombies décérébrés comme une mauvaise science-fiction, nous deviendrions des pions…

2011, dans six mois les présidentielles. Je suis beaucoup à l’écoute des infos et émissions politiques de tout genre sur les radios, dans ma voiture, pendant mes trajets vers mon lieu de travail. Le « couple franco-allemand », les agences de notation, le triple A, la dette, l’immigration « choisie », que sais je encore… Tous ces politiques, des professionnels de la com, mettant en avant l’argument qui les sert, trouvant le bon angle d’attaque pour présenter un sujet en masquant les défauts, assassinant d’un bon mot l’argument adverse faisant passer son opposant pour un demeuré, « compatissant » aux malheurs de tel ou tel, jurant qu’il allait étudier le problème, etc… Encore et toujours de la com, à gauche comme à droite ! J’entends ce que l’on nous apprend en technique de vente ! Je n’arrive à voir qu’un ramassis de faux-culs, trépignant d’impatience avant une hypothétique victoire électorale pour enfin devenir le chef ! Ils sont simplement pathétiques, s’étripant comme des gamins dans la cour de récréation, ils sont pourtant sensés être intelligent (plus que nous ?) pour « gouverner » la France !…

Je pense aux orthophonistes qui se font balader par deux ministres formant un couple à la Laurel et Hardy, ne prenant en considération, semble-t-il, que les arguments qui les arrangent… Pour le bien de la profession ? Non, non ! Pour le bien des patients ? Non, non ! Alors pour quoi ou pour qui ? La refonte des professions de santé pour faire des économies ? Oui, oui !… Et les prochains sur la liste ? Orthoptistes, opticiens, infirmiers, audioprothésistes, etc… ? On taille à la machette sans discernement ! Faut économiser, le patient on verra plus tard… Ils perdront au bas mot 50000 voix aux présidentielles, bof, pas grave c’est pas énorme !

J’irai en mai voter contre, pas voter pour… Ils s’étonnent toujours du nombre croissant d’abstentions, du français qui s’écarte de la politique, mais voyons mesdames et messieurs regardez vous ! Vous pinaillez sur quelques euros pour le smicard, vous demandez à ce que chacun se sert la ceinture, mais vous avez tous refuser une proposition de loi visant à réduire vos confortables salaires, vos diverses indemnisations, vos grasses retraites à vie, etc… Les oeillères sont de mise en politique, et pour longtemps surement… J’en suis dégoutté… Qu’a -t- elle changé dans ma vie depuis ma naissance ? Quasiment rien ! Le seul salut est de s’occuper de soi et quand même ouvrir un peu l’oeil pour éviter l’arrivée d’un nouvel Adolf…

On aimerait entendre un « Je vous ai compris ! », suivi d’effets qui prouvent que c’est bien le cas, or l’on entend en permanence « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ! »… Cherchez l’erreur ! Mesdames et messieurs les politiciens, regardez vous dans une glace en toute honnêteté (si possible) et vous comprendrez peut-être pourquoi les français se détournent de la politique… Parce que vous ne le valez pas !!

Sinterklaas kapoentje…

« Sinterklaas kapoentje

Leg wat in mijn schoentje… « 

Cette chanson de la Saint-Nicolas résonne encore dans ma mémoire… Elle agrémentait la soirée avec quelques autres et nous la reprenions tous en choeur avec des paroles très approximatives, nous les hollandais vivant en France !  Etait ce le jour même ou la veille au soir de la Saint-Nicolas ? Je ne me souviens pas…

Nous étions tous les trois en pyjama, fraîchement douchés, dans l’attente de Saint-Nicolas et Zwarte Piet, Pierre le noir !! Mes parents étaient là avec mes grands-parents, le salon décoré, une table festive était prête et la soirée « réveillon » (mon grand-père le disait en français !) s’annonçait magnifique. L’excitation allait crescendo, nous tendions l’oreille, les yeux écarquillés, le regard par la fenêtre mi-excités, mi-apeurés, peut-être apercevrions nous la mitre et la barbe de Saint Nicolas, ou le sac de Zwarte Piet avec son martinet, l’homme qui s’occupait des enfants pas sages, celui qui passait par la cheminée d’où sa couleur noire…

Je ne me souviens pas vraiment de cadeaux, mais des lettres en chocolat, initiales de nos prénoms respectifs, des « taai-taai », personnages en pain d’épices très durs qui mettaient à rude épreuve nos jeunes dentitions, et des bonbons ( strooigoed) qui seraient jetés du toit et nous atterriraient sur la tête presque douloureusement. Tout le monde était installé. Mon grand-père dans son fauteuil qui ressemblait pour moi à un trône, avec ses accoudoirs et pieds carrés en bois épais et une assise tressée me semble-t-il. Soudain des coups retentissent ! Un frisson nous parcourt.. Il est là !! Un coup d’oeil effrayé vers la fenêtre… Et s’il arrivait là dans le salon avec sa barbe blanche et son habit rouge, comprendrions nous ses propos en hollandais ? Zwartepiet serait il clément ? Encore des coups comme s’il frappait à la porte… Nous sommes terrorisés et les 1ères chutes de bonbons par le plafond est un immense soulagement… La tension se libère… Et c’est  frénétiquement à quatre pattes que l’on ramasse tout ce que l’on peut au sol, le moment semble interminable tant mon grand-père alimente avec habileté cette chute continue de friandises…

Moments inoubliables orchestrés par mes parents et grands-parents… Je viens de lire il y a quelques instants quelqu’un qui parlait des racines que nous ne pouvons oubliés… Elles sont là-bas mes racines, elles m’ont forgées, elles sont encore bien présentes, bien vivantes malgré les disparus…

Dankje Sinterklaas !

Une réponse au tag…enfin !

Une longue pause… Source tarie, problème de connexions à unblog, problèmes informatiques, marathon d’écriture chez Alain, fatigue dûe à une augmentation de la charge de travail, et voilà le blog laissé en jachère ! Je vais enfin prendre le temps de répondre au tag de Rêva…

Quel est pour vous votre plus gros défaut ?

Quel défaut ??!!…  Bon ok, mon plus gros défaut ? Peut-être la procrastination ! Même si je lutte Docteur ! Dieu sait si cette phrase rabachée pendant mon enfance est toujours présente à mon esprit: « Ne jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même ! ». C’est peut-être une forme de rebéllion ! Je me reproche aussi de temps en temps d’en avoir trop dit, et ce défaut là m’exaspère… Cependant je pense à cette phrase de je ne sais qui, disant à peu près ceci: Il faut plusieurs années pour apprendre à parler et toute une vie pour apprendre à se taire.

Que penseriez-vous d’une personne ayant ces traits de caractère ?

Baahhh, c’est un brave gars (fille) !! C’est humain !! Si les personnes autour de nous n’avaient que ce défaut, ce serait bien cool !! Ceci dit ce n’est pas mon seul défaut, mais c’est celui qui m’agace le plus !

Avez-vous déjà connu un amour interdit ?

Interdit par qui ? Par quoi ?… Peut-être bien oui !…

Que voyez vous dans votre avenir ?

Du bon ! Des projets, des envies, du partage, essentiellement avec celle que j’aime, mais pas seulement ! Il y a aussi la famille et les amis. Je me dirige là où j’ai envie, à mon rythme, je m’autorise à essayer en tout cas, alors tout va bien !

De quoi est né votre dernier fou rire ?

D’une devinette: Au Portugal, qu’est ce qu’un buisson au bord de la route ?….

Euuhh, j’ose pas dire la réponse, un peu honte même si j’ai pleuré de rire !! Shame on me ! C’est un peu sexiste et raciste en quelque sorte… La face cachée de Manuel… Le côté obscur de la force comme on dit dans Starwars…

 

Voilà Rêva… Je ne sais pas qui taguer alors je ne transmets pas le relais…

Un inventaire à la Ollières

Un four à pain

Des feuilles mouillées

De la brume

Une Lucarne aux chouettes

Le suc d’Ollières

Le col de la Pervenchère

Une sente herbeuse

De grandes flaques d’eau inerte dans la mousse

Le suc de Bellecombe

Une ligne à haute tension

Une belle pente qui me donne envie de skier

Une rasade d’eau à la gourde

Un vol de rapaces

D’énormes champignons blancs dignes d’Alice au pays des merveilles

Un papy en quad pétaradant (le quad !)

Un chien très agressif qui me fout la pétoche

Le couvercle métallique d’une boite de biscuits d’Alsace qui change de couleur selon l’incidence de la lumière

Un élevage de chapons dans un grand pré inondé de soleil (presque envie d’être un chapon !)

Une route avec des piquets pour la neige

Une vieille 4L bordeaux toute rouillée

Une fourgonnette bleu ciel abandonnée estampillée aux biscottes Garnaud

Une forêt très humide

Deux rus presque côte à côte

Une boite aux lettres paumée en pleine forêt

Une amanite tue mouche

Un chemin sombre et lugubre dans une forêt de sapins

Un grand champ vide sans vaches mais couvert de champignons

Un parterre d’amanites tue mouches

Des pneus qui brûlent dans une cour de ferme puante

Douze ruches en ligne

Douze autre ruches dans un pré

Quatre vaches qui m’observent

Une maison de béate surmontée d’une magnifique cloche

Un banc d’école en bois

Fin d’inventaire, fin de balade, le bilan…..

 

 

La lucarne aux chouettes

11h30 à la mairie de mon domicile dans une petite ville de 7000 habitants. Je viens récupérer mon passeport et je n’ai pas oublié d’amener le récépissé.

  • Vous venez avec moi ? me dit l’employée de mairie.

Je la suis dans l’espace réservé à cet effet, un recoin avec le matériel informatique adéquat, l’appareil pour la prise d’empreintes, connexion à la préfecture et tout le toutim… Et là pendant 5 bonnes minutes je vais observer cette femme qui regarde son écran, pas un regard vers moi, pas un mot. Je l’observe dans son chemisier noir avec ses lunettes en acétate rouge, avec ses gestes lents, aussi énergique qu’une limace, les paupières faiblardes, et pendant quelques secondes je me dis qu’elle va s’assoupir !! Je me rappelle alors un prof de physique en terminale au lycée qui s’endormait régulièrement pendant le premier cours de l’après-midi, nous faisions un silence total par jeu car nous savions qu’il allait s’endormir, heureusement pour lui il se réveillait en sursaut quelques minutes plus tard…

Elle me fait penser à une chouette cette brave dame à lunettes, je reste de marbre et me dit qu’elle est vraiment nulle au plan relationnel ! C’est très long 5 minutes de silence complet entre deux personnes face à face, pas le sens du contact, pas le petit mot sympa, juste faire ce qu’il faut et point barre ! Tout ce que je déteste, alors je l’observe et je me demande pourquoi elle est comme ça… D’un coup cette réflexion :

  • Oh non ! Ça a coupé !!! T’entends Martine ? Ça a coupé !!!

Puis en me regardant;

  • Ça a coupé !!

  • Ah bon ?! Ça a coupé ??!!

  • Normalement ça ne coupe jamais ! Enfin c’est rare ! Je ne vais pas pouvoir vous donner votre passeport… Je coupe et je réessaye quand même…

  • C’est curieux, ça avait coupé déjà lorsque je suis venu renouveler mon passeport.

  • Ah bon ?! C’est pas vrai ?!! Vous ne portez pas la poisse ? me dit elle en éclatant de rire avec un vrai sourire plein de dents.

Bien lui en a pris puisque tout a bien fonctionné ensuite…

Je repenserai à elle dans l’après-midi lors d’une balade autour des sucs d’Ollières et d’Achon. Après 1/2 heure de marche, à la jonction du sentier de randonnée et d’une petite départementale, une maison fermée au nom évocateur de La lucarne aux chouettes ! Une espèce de blason en céramique figure deux chouettes côte à côte, une troisième en pierre siège dans une niche sur la façade. La chouette, symbole de la sagesse, chasse aussi les mauvais esprits selon certains (c’est ce que me disait aussi une copine voyante qui n’a jamais rien vu !!), acceptons en l’augure, c’était ma chouette journée…

 

chouette.bmp

 

 

 

 

Les plumes d’Asphodèle – J -

machinebrouillons1.jpg 

 

Cette semaine la sélection de mots est la suivante:  Jusant – jaspiner – juron – jubiler – jacquard – joyeuse – juke-box – jade – jalousie – jokari* – jour – justice – juvénile – jeudi – jouir – jalon – jamais – janotisme – jérémiade – jupe .

J’ai donc écrit la suite de la semaine précédente.

Je m’absentai un instant pendant que Sylviane préparait les mojitos, pour discuter avec le grand dadais en pull jacquard qui faisait office de DJ. Déjà Bronski Beat poussait ses jérémiades et la soirée s’annonçait décidément longue. Ma discussion stérile avec le DJ me fit pousser des jurons et je rêvai d’un juke-box plutôt que ce décérébré, je restai cependant d’humeur badine jusqu’à ce que je découvre, de retour dans la cuisine, que mon mojito avait atterri dans les mains d’un grand rouquin vêtu d’un kilt !! Pas de quoi jubiler, avouez le ! Je me demandai instantanément s’il était nu dessous ce qui provoqua une envie d’éclater de rire contrebalancée par une pointe de jalousie qui perçait également…


  • Suffit de jaspiner les filles ! lançais je à la cantonade… Où est mon mojito ?!

  • Jaspiner ? me demanda la grande copine blonde de Sylviane.

  • Quoi ? Tu connais pas ?

Le rouquin me regardait l’air interloqué !


  • Je viens d’offrir ton mojito à Nigel mais tu en as un autre en préparation me lança Sylviane. Nigel est de passage en France, il est un ami écossais de notre DJ.

  • Aaahhh super !! D’où la jupe !! Non j’déconne ! Bienvenue Nigel, ravi vraiment !

Je détestais ces moments faux cul !…

Ce grand escogriffe risquait de me casser mon coup et j’avais envie de lui faire la peau. Je décidai donc d’essayer de brancher Nigel avec les deux copines de Sylviane, la grande bourge blonde bêtasse baguée comme une pintade, et la brune de taille moyenne à l’air juvénile, beaucoup plus sobre avec son petit bracelet de jade blanc autour du poignet. Les deux pas très jolies à mon goût, mais peut-être que le scottish serait séduit par la french touch, pensais-je…

Mon mojito dans les mains, je trinquai avec mes quatre acolytes et appris, ce faisant, que les deux copines se prénommaient Corinne et Nicole.

Nigel monopolisait l’attention avec ses propos sur l’Écosse et Sylviane me jetait un regard de temps à autre d’un air entendu, il nous fatiguait un peu l’écossais mais les deux autres gourdasses buvaient ses paroles et c’est au troisième mojito que la blonde déjà éméchée s’esclaffa :

  • C’est vrai qu’il existe Nessie le monstre du Loch Ness ?

N’en pouvant plus je hasardai :


  • Et c’est vrai que tu as les roubignoles à l’air sous ton kilt ?


Je pris instantanément, et pour la première fois de ma vie, un mojito en plein visage. Ce n’était vraiment pas mon jour mais ce n’était que justice tant je n’avais cessé de provoquer Nigel de toute la soirée… C’est avec des feuilles de menthe dans les yeux que je lui envoyai une énorme claque de la main droite bien à plat, comme pendant les grandes heures de jokari de mon enfance ! Il se souviendrait de ce jeudi chez les frenchies ! C’est sous les cris horrifiés des filles que je fonçai tête en avant dans l’écossais. Le combat continua vigoureusement au sol façon mêlée à Hampden Park, me retrouvant même la tête sous le kilt, ses joyeuses devant les yeux comme des vieilles bésicles me cachant la lumière du jour…

Un attroupement se forma rapidement dans la cuisine pour nous séparer, jamais soirée ne s’était si mal finie, des excuses réciproques suivirent, un convive lança :


  • Va chercher le whisky écossais pour Nigel qui est dans le bar du salon !

  • Beau janotisme pensai je.

Je récupérai mon verre vide m’évoquant le jusant quand Nigel vint me le remplir d’une généreuse rasade de scotch en guise de réconciliation.

La soirée finalement ne faisait que commencer avec un nouvel ami et peut-être une nouvelle fiancée, c’est en tout cas ce que je croyais…


Les Plumes reprennent…

 

 

 Les plumes reprennent chez Asphodèle et je m’y remets avec bonheur avec la liste de mots suivants:

illusion – irréfragable – ivresse – infatigable – impasse – immersion – image – indicible – interstice – imbécile – itou – inhumer – inconstant – indigestion – imaginaire – irréfléchi

« Ouh ouh ouh ouh ahah… Illusion… »

Tu parles d’une illusion, quel imbécile ! Je m’étais retrouvé dans l’impasse, embringué dans cette soirée à la con. Il faut dire que je l’avais cherché en lançant l’idée d’une soirée vinyle de façon irréfléchie et vu le succès, la soirée années 80 fut lancée; je me sentais donc un peu fautif.

Il fallait une bonne dose d’inconscience pour plonger en immersion des heures durant dans les années 80 ! Tout y passait ! Le DJ du soir, infatigable, enquillait tous les tubes des années 80 les uns après les autres, et le pire c’est que je les avais tous écoutés à l’époque !

Disons-le, j’étais ronchon avec aucune envie d’être là, et passer une soirée seul en célibataire quand tous les autres sont en couple, c’est l’horreur ! Mon humour ravageur ne me servait pas, faisant ainsi mentir le fameux adage : « Femme qui rit à moitié dans son lit »… Je pensais à un ancien membre du Splendid qui, questionné sur l’humour et la séduction disait : « En début de soirée je faisais rire les filles et en fin de soirée je faisais rire les couples… ». Bref ça sentait la nuit d’ivresse…

J’en étais à peu près là, lorsque je fredonnais accompagnant la chanson de Souchon « Je veux du cuir, pas du peep show, du vécu, je veux des gros seins, des gros culs … » C’est à cet instant précis que Sylviane surgit dans ma vie, dans l’interstice d’un store à lamelles métalliques qui fleurait bon le magasin suédois, elle apparut sans gros seins ni gros cul en pleine discussion dans la cuisine… Elle ne correspondait pas à la femme imaginaire fantasmée mais je tombais instantanément sous le charme, un indicible sentiment s’installa. Son auditoire, deux femmes blafardes qui semblaient au bord de l’indigestion, buvait littéralement ses paroles. Je pensais à la phrase de Cendrars sur l’emprise irréfragable de la parole enflammée et me décidais à entrer dans cette cuisine américaine…

C’est à ce moment précis que le DJ à la prestation inconstante osa un « C’est la ouate » de Caroline Loeb qui me fit regretter de ne pas posséder un permis d’inhumer !

Sylviane lança à ses deux copines :

      -  Un mojito les filles ?

Puis d’un regard vers moi :

      -  Et vous ?

      -  Itou ! M’entendis je répondre connement !

Je me souviens que ce fut le début de mes désillusions…

 

London’s burning…

Ce premier séjour chez nos amis anglais démarrait magnifiquement bien. Un petit tour à Londres avec les incontournables Big Ben, Tower Bridge, Carnaby street, les chapeaux melon, les fameux London buses à impérial, et l’incontournable taxi Austin noir avec son espace pour bagages à l’avant à côté du chauffeur, et surtout les strapontins dans le gigantesque espace arrière. C’était l’époque du Swinging London mais j’étais bien trop jeune pour savoir de quoi il s’agissait. Nous logions chez l’habitant façon Bed and Breakfast.

Une nuit l’effroi me réveille, j’entends des cris, des crépitements, le quartier s’agite… Je me redresse dans le lit, le temps de réaliser que le feu embrase une maison voisine… N’écoutant que mon courage, je saute du lit en pyjama pour prêter main forte. Quelques enjambées suffisent pour me trouver à côté des firemen, laissant ma pudeur au placard je baisse ma culotte de pyjama et arrose vaillamment les flammes zizi à la main !!

Le réveil est brutal ! L’odeur d’urine est présente, mon bas de pyjama et les draps sont trempés, la bouillotte s’est répandue, il n’y a pas de feu et la lance à incendie est au placard… Bienvenue à London…. 

 

 

 

Réflexions et rêveries au Mont Rouge

13° au thermomètre et grand bleu lorsque je démarre le sentier le long de La Sumène. Quinze jours sans marcher c’est long, et vient inéluctablement le moment où c’est indispensable. Rapidement le chemin s’élève et c’est comme si la forêt m’avait déroulé un tapis de feuilles, de glands et de pommes de pin jusqu’ à l’arrivée sur un plateau qui domine de ses prairies Saint Julien ChapteuiL Face à moi le Mont Rouge et le Peyre de Bard me surveillent pendant que je me désaltère, et j’en profite pour m’imprégner du paysage. J’entends deux coups de feu qui ne me rassurent guère lorsque je me promène dans la nature, et apparaît rapidement la silhouette au loin d’un chasseur avec casquette et fusil à l’épaule qui me fait tout de suite penser au vilain chasseur qui a tué la maman de Babar dans les anciennes vidéos de mon fils !!

J’enchaîne sans tarder dans la forêt de sapins, le chemin devient rapidement plus humide et j’entends en contrebas l’écoulement de la rivière jusqu’au moulin de Guérin. La Sumène était jalonnée, il y a bien longtemps, par des moulins que les paysans utilisaient pour moudre les grains de blé et autres céréales pour leur propre compte ou pour d’autres, moyennant rétribution. Ce moulin ci est en parfait état, niché dans une petite clairière, et quand je franchis le petit pont de pierre, je sais que j’attaque les premières pentes plus sévères pour atteindre le sommet de Mont Rouge. Une série de lacets boueux me mènent à travers les arbres jusqu’à un large chemin forestier qui m’accueille en indiquant la bonne direction par un panneau non dénué d’humour : Promenons nous dans les bois…

C’est quelques mètres plus loin que j’attaque les derniers virages en épingle entre les fougères et les arbres, la végétation se fait plus rare, un dernier pin me sert de parasol, puis le soleil m’illumine, m’embrase, j’ai chaud, je transpire, je souffle et je suis bien… Je connais ce sommet peu élevé (1159 m) et je suis toujours époustouflé par la beauté du panorama… Dans mon dos les orgues basaltiques de Queyrières, le Montivernoux plus à l’est et puis Monedeyres avec le coin à myrtilles que j’affectionne. Face à moi le Peyre de Bard de forme conique presque parfaite domine la Combe Noire où s’écoule la Sumène, derrière la Tortue puis le Mézenc, quelques éoliennes très loin derrière sur une crête, les ruines du château qui dominent Saint Julien Chapteuil, la vallée qui part vers Le Puy et tous les sucs lointains légèrement nimbés de brume, qui font penser à un terrain de moto cross géant. Je m’assois après m’être défait du sac à dos, je me délecte des rayons de soleil et de la légère brise. 

C’est quasiment dans un état second que je mords dans mon casse dalle, la croûte du pain de campagne, la tendreté de la mie, le bon goût de viande du pâté sans trop de gras et le croquant du cornichon, me font vivre quelques minutes de bonheur dans cet endroit magnifique… D’un coup je suis sorti violemment de mes rêveries par trois chiens de chasse qui surgissent comme des fous et repartent aussi vite… Ah les cons !! Pour un peu ils me pourrissaient mon pique nique !!! L’extase reprend avec le ballet acrobatique de deux papillons qui narguent le panneau « Attention danger falaises »… Peu après une abeille se pose sur mon sac et comprend que je ne partagerai pas ma banane sans me défendre !… De nouveau le silence, la quiétude m’emportent, mes yeux se perdent dans l’espace devant moi et je pense à une chronique lue concernant le livre « La belle Amour humaine » avec cette belle question incessante de l’auteur : « Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ? ».

13H20, fin de la pause et retour vers la voiture. 40 minutes de roue libre si je puis dire, où je croiserais un papy du coin dans une vieille AX, fenêtre ouverte, bérêt sur le crane, la bouche grande ouverte comme en quête d’oxygène, me klaxonnant sans un regard,  pour que je m’écarte de ce pourtant large chemin forestier. La balade s’achève en pente douce entre champs et petits hameaux, je passe devant la maison natale de l’enfant du pays Jules Romains qui écrivait cette savoureuse phrase par les temps qui courent: « La politique est l’art d’arriver par n’importe quel moyen à une fin dont on ne se vante pas. »

Les derniers pas jusqu’à la voiture, 2h15 de plaisir, une respiration dans tous les sens du terme. Comment concilier tout cela avec notre vie moderne ? Comment en jouir pleinement et plus souvent ? Je reviendrai ici évoquer Bernard Ollivier, sa trilogie sur la Route de la Soie, sa démarche personnelle et son engagement pour les autres, un homme qui me marque profondément. Faut il attendre si longtemps pour un plein épanouissement ?  Je pense à son livre: « La vie commence à soixante ans »…

 




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