
Une suite des péripéties avec Nigel…
Les 22 mots à placer étaient : or – opale – orange – osmose – ode -obligation – offense – oh – ordinaire – orage – opportunité – ouvert (e) – onirique – obsession – ombrelle – obéissance – oubli – octave – orgue(s) -océan – orme – orchidée.
Six mois s’étaient écoulés depuis cette fameuse soirée où je fis la connaissance de Nigel de façon plutôt musclée, et la connaissance de Sylviane de façon plutôt câline. Je vivais depuis lors une relation agréable avec Sylviane, en quasi osmose, sans le désir de m’engager plus avant. Lorsque nous reçûmes l’invitation de Nigel pour un court séjour en Ecosse, il ne nous fallut pas longtemps pour accepter, l’opportunité était séduisante, Sylviane ne connaissait pas l’Ecosse et je n’avais que peu de souvenirs de mon passage là-bas lors d’un échange avec mon correspondant anglais durant mon adolescence.
La préparation de la valise devint une obsession pour Sylviane qui voulait quasiment emmener l’armoire entière ! Je la taquinai en lui conseillant de ne surtout pas oublier une ombrelle, accessoire indispensable en Ecosse comme chacun sait !… D’ordinaire Sylviane avait le sens de l’humour mais là elle prit ma remarque comme une offense. Je laissai passer l’orage, songeant surtout au stress du voyage en avion. Oh bien sûr nous n’allions pas survoler l’océan, mais les vols en avion m’angoissaient profondément. Suite à un stage chez Air France j’avais imaginé une routine à mettre en place pour un relatif confort en vol. Après quelques exercices de respiration ventrale pour déstresser, je comptais m’isoler avec les écouteurs de mon lecteur MP3 et écouter quelques morceaux de pop british en fermant les yeux, pour trouver une sensation de bercement comme un bateau qui épouserait le mouvement de la houle, la règle d’or étant de faire corps avec les mouvements de l’avion et de ne surtout pas s’opposer. Tout cela amusait ma chère et tendre qui se moquait gentiment de moi, elle qui pouvait dormir à poings fermés, disait-elle, pendant des heures et des heures de vol…
Nous étions arrivés très en avance à Roissy par le TGV, ce qui nous laissa le temps de faire quelques emplettes de journaux et de magazines avant de déjeuner dans une brasserie. Le repas fût frugal en ce qui me concernait, tant le stress commençait à monter, et ouvert à toute recommandation, je suivai le conseil d’un ami et terminai par un café-lexomil de bon aloi peu avant le décollage !… Une fois débarrassés des formalités d’embarquement, ce fût l’attente en feuilletant la presse du jour et je sentis bien que je commençai à sombrer doucement dans un état semi-comateux, ce qui me fit pester contre Sylviane qui m’avait incité à prendre ce lexomil beaucoup trop tôt. C’est totalement vasouillard que je franchis la passerelle et que je m’installai sur mon siège. La poussée du décollage me cloua au fauteuil et je serrai les accoudoirs avec force lorsque l’avion se cabra. Il prit rapidement de l’altitude, j’enclenchai mon MP3, fermai les yeux et me laissai embarquer « Down in the tube station at midnight » avec The Jam…
Nigel était bien là pour nous accueillir à l’aéroport, nos démêlés du passé étaient tombés dans l’oubli et c’est autour d’un verre de jus d’orange, une fois arrivés chez lui, que chacun formula ses souhaits pour les jours prochains. Si Sylviane et Nigel avaient des envies de nature, mon choix se portait sur quelques visites de monuments et musées. Le lendemain ce fût la visite d’Edimburgh, une petite partie de boules anglaises sur la pelouse au pied du château et déjà je trouvai Nigel très pressant auprès de Sylviane. Ils semblaient s’entendre comme larrons en foire, Sylviane gloussant à toutes les vannes de notre hôte…
Le surlendemain la visite d’une église nous fit découvrir un orgue classique dans sa conception par ses cinq octaves, mais qui contrastait avec le somptueux habillage en bois autour des tuyaux qui semblait être de la loupe d’orme. Nous fîmes également le tour d’une exposition de pierres précieuses recélant une impressionnante quantité d’opales, la journée continuant avec une visite de musée, elle s’acheva en apothéose avec le ridicule cadeau de Nigel pour Sylviane, une orchidée qui n’aurait pas déméritée au rayon jardinerie chez Ikea…
Finalement la journée fût emmerdante pour tout le monde, Sylviane et Nigel décidèrent de concocter un programme « nature » pour les jours suivants du côté du Ben Nevis. Cette sortie rando n’était pas une obligation mais je décidais de les accompagner, ne me voyant pas glander tout seul à Edimbourgh jusqu’à la fin du séjour. Nigel s’attaqua aux préparatifs des sacs, toiles de tente et autres ustensiles, Sylviane se laissant entrainer avec obéissance. N’ayant guère d’entrain, je les laissai s’agiter et retournai dans ma chambre me plonger dans ma lecture d’une espèce de conte, genre Alice au pays de merveilles, totalement onirique, mais modernisé et beaucoup plus trash !
Une heure plus tard, je m’étais assoupi et partais à leur recherche, et ouvrant brusquement une porte dans le grenier, je me trouvais face à un spectacle que je n’avais pas imaginé dans mes pires cauchemars… Nigel, kilt retroussé, slip sur les chevilles, Sylviane agenouillée lui jouant un grand numéro de clarinette à moustaches !!! Je claquais la porte et partais en courant, hurlant comme un dément… Ils m’avaient bien embobiné avec leur speech sur la marche, la montagne, une ode à la nature, tu parles !! Bonjour la nature !!…
Quelques heures plus tard je montais dans l’avion pour Paris, plus en colère qu’attristé, j’imaginais Sylviane en string tartan gambadant dans le jardin, préparant le haggis pendant que ce connard de Nigel habillé comme Ivanhoé, s’exerçait avec ses potes au lancer de tronc d’arbre tout en sirotant une Guiness !…
J’enclenchai rapidement le MP3 pour oublier avec des morceaux de pop anglaise. C’est XTC qui rapidement imprégna mes oreilles : « We’re only making plans for Nigel ! / We only want what’s best for him… » Décidément parfois le sort s’acharnait !…
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